" Tu me comprends, tu avais compris, peut-être pas tous les mots, mais assez de mots pour savoir combien, combien je t'aimais. Je t'aime, l'amour, amour, ces mots n'ont pas de sens dans votre langue, mais tu les avais compris, tu savais ce qu'ils voulaient dire, ce que je voulais te dire, et s'il ne t'avaient pas apporté l'oubli et la paix ils t'avaient donné, apporté, posé sur toi assez de chaleur pour te permettre de pleurer.
Tu avais compris. Comment était-ce possible ? Je n'avais pas compté, personne de nous ne comptait avec les facultés exceptionnelles de ton intelligence. Nous nous croyons à la pointe du progrès humain, nous sommes les plus évolués ! les plus affutés ! les plus capables !
Depuis des semaines tu entendais d'une oreille les phrases de la langue inconnue, la mienne, par ma voix qui te parlait, tout le jour du matin au soir près de toi, dès que tu ne dormais plus et même quand tu dormais parce que les mots queje te disais c'était une façon d'être avec toi plus près de toi mon amour ma bien aimée.
Et dans l'autre oreille tu entendais les mêmes phrases traduites, le sens des mots t'arrivait sans arret en même temps que les mots, et ta merveilleuse intelligence consciente, subconsciente, je ne sais pas, comparait, classait, traduisait, comprenait.
Tu me comprenais ....
Moi aussi, moi aussi mon amour, j'avais compris, je savais...
Tu étais à Païkan ... "
" Je le savais. Je regardais tes lèvres. Je les ai vu trembler d'amour au passage de son nom. Alors j'ai voulu te séparer de lui, tout de suite, brutalement, que tu saches que c'était fini, depuis le fond des temps, qu'il ne restait rien de lui, pas même un grain de poussière quelque part mille fois emporté par les marées et les vents, plus rien de lui, plus rien du reste, plus rien de rien... Que tes souvenirs étaient tirés du vide. Du néant. Que derrière toi il n'y avait plus que le noir, la lumière, l'espoir, la vie était ici dans notre présent ,avec nous. J'ai trenché derrière toi, avec une hache. Je t'ai fait mal. Mais toi la première, en prononçant son nom, tu m'avais broyé le coeur... " De Simon à Elea
- La nuit des temps -
R. Barjavel
( Sous 1000 mètres de glace, tout un monde est découvert par une expédition scientifique en Antarctique. Simon, L'un des savants et médecins engagé dans cette aventure, tombe éperdument amoureux d'Elea, une jeune femme d'une beauté époustouflante, qui après un sommeil de 900000 ans sous la banquise révèle son histoire à un auditoire de scientifiques plus qu'attentifs et sous le regard des téléspectateurs du monde entier.
Que nous apprendra Elea sur cette civilisation disparue ? Le destin de deux amoureux passionnés et passionnants : la mystérieuse Elea et son "désigné" Païkan.
)